Par Victor-Olivier Hamel-Morasse, psychologue

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Je me réfugie dans une pièce climatisée pour vous écrire, rempart imparfait contre une nuit chaude suivant une journée humide frisant la canicule. Les changements climatiques et le réchauffement de la planète occupent mes pensées de façon récurrente depuis un peu plus d’un an, et je sais que je ne suis pas seul.

Que ce soient les températures chaudes à la hausse un peu partout dans le monde, les rapports scientifiques alarmants ou les images d’océans de plastique véhiculées sur les réseaux sociaux, vous êtes probablement en contact avec des informations qui peuvent générer chez vous ce que l’on a commencé à appeler l’écoanxiété, la peur envahissante des conséquences liées aux changements climatiques à venir dans les prochaines années. J’ai eu envie d’explorer ce nouveau terme et de vous proposer, peut-être, des pistes pour l’affronter.

L’écoanxiété comme un pré-traumatisme?

Vous connaissez peut-être le syndrome de stress post-traumatique, qui frappe les gens ayant vécu des situations où leur vie ou celle d’autrui était en danger. Ces personnes gardent des souvenirs traumatiques intenses de ces situations et voient même leur corps réagir de façon automatique et très souffrante des jour, des mois et des années plus tard.

Bien qu’elle soit parfois décrite de cette manière, je ne crois pas que l’écoanxiété puisse être considérée comme un pré-traumatisme puisque le corps et les sens n’ont pas encore vécu l’intensité du danger associée aux changements climatiques. Même si des éléments communs existent – dans les deux cas le sentiment d’impuissance est élevé, par exemple – les réactions post-traumatiques ont quelque chose de profondément ancré dans nos systèmes de régulation internes (le système nerveux et le système digestif, entre autres) qui peut difficilement s’activer lorsqu’on pense à des événements qui ne se sont pas encore produits. Pour comprendre le phénomène, il faut donc chercher ailleurs.

L’écoanxiété comme une menace existentielle

Dans les années 80, avec la Guerre Froide entre les États-Unis et l’Union soviétique et le développement des armements nucléaires, le terme “anxiété nucléaire” a commencé à apparaître. Après le 11 septembre 2001, un lien similaire a été tracé entre l’anxiété et le terrorisme. Comme pour l’écoanxiété, ces thèmes géo-politiques réussissent à activer en nous la peur de la mort, l’idée que notre existence et celle de nos proches est menacée. L’impuissance liée à l’idée que ces dangers sont, en plus, trop gros pour que nous puissions y faire quoi que ce soit, boost l’effet anxiogène de ces phénomènes planétaires.

L’écoanxiété et l’impuissance

L’impuissance est justement une constante dans la majorité des formes d’anxiété. Le sentiment de ne pas avoir de prise sur une situation et que rien dans notre environnement ne changera quoi que l’on fasse est un puissant moteur qui alimente les réactions physiques intenses du corps et les pensées défaitistes. Et quoi de plus insaisissable que le climat, cette immense planète et ses différents écosystèmes? Quoi de plus difficile à changer à l’échelle individuelle que la façon de consommer de toute une société? Quoi de plus décourageant que l’apathie apparente de tant de décideurs et la lenteur des changements politiques et sociaux? En plus de tout ça, le caractère potentiellement irréversible des changements climatiques et leurs conséquences désastreuses sur tous les aspects de notre vie engendrent un niveau d’impuissance qui justifie l’apparition d’un terme spécifique comme écoanxiété pour parler de cette détresse de plus en plus répandue.

Écoanxiété, on en fait quoi?

Je n’ai pas de grande réponse, évidemment. Combattre l’impuissance, à petite échelle, semble être la principale piste de solution. Vous pouvez choisir de changer une habitude (acheter en vrac, composter), débuter une nouvelle activité (jardiner, fabriquer ses propres produits ménagers) ou encore créer des liens et améliorer la résilience des communautés (les potagers communautaires, les échanges de vêtements, les groupes d’entraide sur les réseaux sociaux) afin de réduire votre empreinte environnementale et de vous sentir moins seul dans ce combat. Autant d’avenues qui peuvent générer des échanges avec d’autres humains et nous rapprocher de la terre, de la simplicité et du moment présent. Ces liens sociaux, en plus des habitudes psychologiques liées à l’optimisme, peuvent faire toute la différence et dissoudre, du moins en partie, la boule qui vous serre le ventre. Et générer, je l’espère, une pointe d’espoir pour notre avenir et celui de nos enfants.


Quelques liens intéressants pour se mettre en action et éviter de figer face à la menace:

Ça commence par moi, la démarche d’un Français qui cumule 365 actions concrètes pour avoir un impact sur notre environnement: https://www.cacommenceparmoi.org/

La fondation David Suzuki, qui offre plusieurs moyens de faire notre part, entre autres pour préserver la biodiversité: https://fr.davidsuzuki.org/la-fondation/

La Brouette, un organisme d’agriculture urbaine et d’écocitoyenneté situé à Trois-Rivières: https://www.labrouette.ca/