Par Victor-Olivier Hamel-Morasse, psychologue

La peur se répand plus vite que la maladie”.

Je ne sais pas qui a dit ça, ou si quelqu’un l’a déjà dit, mais ça semble particulièrement vrai depuis quelques jours. La peur est une émotion fondamentale liée à la survie. Elle est contagieuse et se répand rapidement d’un être humain à l’autre de la même manière qu’un virus, à la différence qu’aucun contact direct n’est nécessaire pour la propager.

Les autorités de santé publique et le gouvernement ont émis une série de recommandations et de mesures pour ralentir la propagation du (de la?) COVID-19 et protéger la population contre les dangers d’une pandémie. En complément, je vous propose 4 précautions psychologiques pour éviter l’éclatement d’une pandémie de peur, une “peurdémie” (ne cherchez pas sur Wikipédia, je viens d’inventer le terme!)

1. Éviter le déni

Mesure de protection généralement efficace contre la peur, le déni peut devenir explosif lorsqu’il est entretenu trop longtemps. Nous avons collectivement fait preuve de déni en observant pendant de longues semaines cet étrange virus apparu en Chine en nous répétant quelque chose comme “ça n’arrivera jamais jusqu’ici, c’est trop loin”. Au moment de réaliser que, finalement, ce n’était pas si loin, le déni s’est transformé d’un seul coup en une onde de panique causant des ravages dans les allées de papier de toilette.

Il en va de même pour le déni de la gravité du virus, qui nous mènera peut-être à éviter de mettre en place les précautions nécessaires et contribuera finalement à sa propagation.

2. Éviter la panique

À l’autre extrême des réactions possibles à cette nouveauté virale, la panique nous amène à réagir de manière démesurée et irrationnelle. Les centres émotifs primitifs de nos systèmes s’activent et ils collaborent difficilement avec des fonctions supérieures comme la pensée rationnelle, la planification et la collaboration (i.e. se taper sur la tête à coups de Charmin). Les réactions associées à la panique contribuent à l’accentuation de la pandémie puisqu’elles auront tendance à surcharger le système de santé et à entretenir des informations incomplètes ou carrément fausses à propos de la situation.

3. Identifier les sources de contrôle

L’une des principales sources du stress est l’impression de ne pas contrôler ce qui nous arrive. Dans le cas d’un virus nouveau, imprévisible et microscopique, il est tout naturel que le sentiment d’impuissance alimente la peurdémie. Les mesures de prévention et de contrôle mises en place, aussi restrictives et casse-tête soient-elles, ont le potentiel de nous redonner un peu de pouvoir sur la situation. Tout comme des mesures de préparation graduelles et préventives (acheter quelques denrées non-périssables supplémentaires chaque fois que vous allez à l’épicerie, par exemple), elles ont l’avantage de mettre le spotlight sur ce que nous contrôlons, une façon éprouvée d’alimenter un optimisme réaliste et prudent. À l’épicerie ce vendredi, une employée souriante a nettoyé la poignée de mon panier dès mon entrée, ça m’a fait du bien.

4. Trouver ce qui n’est pas annulé

Dans la même veine, le développement d’un optimisme réaliste peut aussi permettre d’entrevoir de bons côtés à cette période d’arrêt. Bien sûr, la gymnastique logistique forcée pour de nombreux parents/travailleurs laisse entrevoir une période difficile que je ne veux pas minimiser. Il en va de même pour les gens qui tomberont malades et souffriront de cette maladie, ils sont bien réels. En même temps, j’ai vu passer sur les réseaux sociaux une liste que je trouve intéressante:

L’extérieur n’est pas annulé

La musique n’est pas annulée

La famille (en prenant les précautions nécessaires) n’est pas annulée

Lire n’est pas annulé

Chanter n’est pas annulé

Rire n’est pas annulé

L’espoir n’est pas annulé

Combien de fois constatons-nous que la vitesse de ce monde est ce qui nous fait le plus de mal? Les moyens que nous trouvons pour ralentir sont souvent imparfaits, emportés par les impératifs de la vie de tous les jours qui passe image sur image. Si nous trouvons des moyens d’utiliser cette période et d’en faire quelque chose de bon pour notre coeur et les gens que nous aimons, des moyens de coopérer et de s’entraider (même à distance), le coronavirus ne disparaîtra pas.

Mais il ne se transformera pas en peurdémie.